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Thématiques/Connaître et évaluer le potentiel des milieux littoraux pour l’accueil des populations piscicoles comme l’anguille européenne/L’estuaire de Gironde : franchissement sur les ouvrages à la mer

L’estuaire de Gironde : franchissement sur les ouvrages à la mer

Mise au point d’un raidisseur sur clapets, marais de Lafitte.

emplacement de l’ouvrage, marais de Lafitte, Estuaire de Gironde (Source FMA)Les ouvrages dits « de protection à la mer », présents à l’embouchure des affluents de l’estuaire de la Gironde, sont en place afin d’empêcher ou limiter les entrées d’eau salée ou saumâtre lors des marées montantes dans les cours d’eau et prévenir ainsi les inondations.
Lorsqu’ils sont portés par le flot, les juvéniles d’anguilles et de poissons d’estuaires se trouvent concentrés face aux portes qui se ferment à l’équilibre des pressions de part et autre des clapets. Ce sont les quelques minutes favorables où le courant s’inverse qui leur sont retirés. La seule gestion de ces ouvrages permettrait la reconquête de 37 % du linéaire amont du cours d’eau ou des zones de marais.
 
Face à ce constat l’association Migado a testé depuis 2009 différentes modalités de manœuvres sur vannes à vantelles et de cales posées sur des clapets. Malgré les contraintes liées aux astreintes et à la non-fermeture complètes, ces pratiques se sont répandues en raison de leurs faibles coûts.
 
Afin d’améliorer encore la faisabilité, Sébastien Simon, technicien au SIBV centre Médocs (rive Gauche d’estuaire, dans le Médoc), a eu l’idée de développer un raidisseur réglable en force et en amplitude, parfaitement autonome à chaque saison hydrologique du marais. Ce dispositif doit permettre d’assurer un ralentissement de la fermeture pendant la période du franchissement, tout en s’adaptant à l’amplitude des coefficients de marée.
 
Le principe : Un mécanisme simple, réglable et peu couteux (4000 euros pour les ressorts et 6000 euros pour l’étude). Deux ressorts permettent de ralentir la fermeture du clapet, afin de laisser pénétrer l’eau de l’estuaire dans le marais à marée montante. Deux raidisseurs sont placés ainsi de chaque côté du clapet et le maintiennent ouvert de 28 cm maximum. L’ouverture est réglable suivant la quantité d’eau que l’on accepte. Le dispositif permet ainsi de refermer le clapet selon un temps défini, réglé entre 1 et 2 heures.
 
Grâce à une réelle volonté des élus du SIBV et de l’association syndicale du marais de Lafite présidée par Marc Perrotin, un rapprochement avec Migado s’est opéré. Cela a permis de tester le système directement sur le milieu au niveau de l’ouvrage à clapets du marais de Lafitte. Ce marais, zone humide inter viticole et réservoir de diversité biologique, borde le plus grand estuaire d’Europe. Un suivi a été engagé dès 2012.
L’association syndicale a mis en place un règlement d’eau favorisant l’inondation hivernale et le maintien de l’eau dans les fossés de mai à septembre. Ainsi, les ouvrages à la mer sont gérés de manière différente en été et en hiver. Le système a été calé avec des modèles hydrauliques qui assurent une optimisation de l’entrée d’eau, selon les capacités du milieu amont, sans entraîner d’inondation. En hiver, les raidisseurs sont réglés à leur ouverture maximale et se ferment tout au long de la marée en laissant une légère fenêtre à marée haute. L’été, l’eau de l’estuaire au niveau du marais de Lafite est salée. Pour préserver les écosystèmes du milieu doux et éviter l’inondation de parcelle de marais par de l’eau salée, les raidisseurs sont inactifs.

Dispositif ralentisseur installé sur les clpet de l’ouvrage du marais de Lafitte (Source Migado –SIBV Centre Médoc)Les premiers résultats montrent une augmentation importante des jeunes anguilles en amont de l’ouvrage. Des suivis en période de migration des civelles, devront permettre de comprendre leur rythme de migration et leur entrée dans le système en fonction du cycle de marée, d’évaluer l’impact des inondations, de l’entrée des matières en suspension et de la salinité. De plus, les pêches électriques de printemps permettront d’appréhender les variations des populations piscicoles présentes dans le marais en amont. Vanessa Lauronce, en charge de ces expérimentations et suivis à Migado témoigne de premiers résultats prometteurs. Ils répondent déjà aux besoins des syndicats (aucune inondation) et montrent l’augmentation des populations piscicoles en place dans le marais amont.

Sébastien Simon a été lauréat des trophées de l’eau 2012 de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, son invention a fait également l’objet d’un brevet. Depuis, ce dispositif a été adapté également sur des portes à flots. Il intéresse de nombreux syndicats sur d’autres estuaires et notamment en Charente-Maritime.

L’association Migado continue de développer des recherches sur un quatrième système - une vanne
télescopique - qui est en cours de test, en collaboration avec le conseil départemental de la Gironde. L’Agence, l’Europe (FEDER), les conseils départementaux de Gironde et de Lot-et-Garonne, l’Irstea, la Lyonnaise des Eaux et la Fédération nationale pour la Pêche en France sont les partenaires financiers et techniques de ce test.

Pour en savoir plus :

SIBV Centre Médoc :
Sébastien Simon - 05 56 59 00 85

Association Migado (Migrateurs Garonne Dordogne) : Vanessa Lauronce – 05 53 73 00 73